DES MINIATURES PERSANES

par Clémence Philippon

Exposition d’un florilège de dix miniatures persanes contemporaines, réalisées par l’artiste ouzbek Davron Toshev dans les années 2000.

Ouverture de l’exposition le 14 novembre 2019 à l’Institut Catholique de Paris, au sein de la Bibliothèque de Fels : 74 rue de Vaugirard, 75006 Paris.           

(ill.1) Davron Toshev, Portrait du Roi philosophe s’adonnant aux plaisirs, inspiré du Shāhnāmeh – Le Livre des Rois de Ferdowsi – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

Dans le cadre du colloque Quel maître ? Quel disciple ? qui se tient les 14 et 15 novembre 2019 à l’Institut Catholique de Paris, il a semblé opportun d’accompagner ces conférences d’une iconographie originale. Ainsi, l’artiste Davron Toshev a été invité à présenter une sélection de ses œuvres dans l’espace d’exposition de la Bibliothèque de Fels.

Poésie, couleurs, finesse, précision… sont des termes qui nous viennent à l’idée des miniatures persanes.

Dès le XIe siècle, en effet, mais surtout du XIVe au XVIIIe siècle, celles-ci se développent dans des régions qui possèdent une grande tradition du livre, en lien avec la pratique de la calligraphie. Il s’agit du monde persan, qui correspond principalement à l’Iran, l’Ouzbékistan, l’Afghanistan, l’Irak actuels voire au-delà, c’est-à-dire jusqu’en Inde.

Des centres de production et des ateliers-bibliothèques

L’époque timouride (XIVe-XVIe siècle) est souvent considérée comme la plus prolifique et brillante dans l’histoire de la miniature. Samarkand, Chiraz, Tabriz, Hérat, Badgad… sont autant d’écoles et centres de production. Aux périodes suivantes, sous les Safavides et les Chaybanides, la tradition miniaturiste se poursuit dans de nouveaux centres, principalement Tabriz, Ispahan et Boukhara, et atteint alors tant l’Inde moghole que la cour de l’empire Ottoman.

Bien que les miniaturistes n’hésitent pas à voyager, et avec eux leur répertoire de formes, ils travaillent principalement dans des ateliers-bibliothèques, appelés ketâb-khâneh. Chaque école possède son style propre, offrant des variations quant à la conception de l’espace, la clarté ou le rythme de la composition, l’abondance de détails, l’allongement des figures, ou encore la place accordée aux personnages par exemple. Au sein d’une même école, les membres possèdent ainsi un répertoire commun, que chaque artiste agrémente ensuite de caractéristiques personnelles.

La qualité de ces miniatures est d’autant plus renforcée par la grande richesse chromatique employée, grâce à l’utilisation de matériaux prestigieux : des pigments minéraux tel que le lapis-lazuli, le cinabre ou encore l’or sont employés à profusion.

(ill.2) Davron Toshev, Avicenne et ses disciples – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

Des thèmes variés liés à la poésie

Une miniature est intrinsèquement liée à un texte : elle l’illustre et facilite sa compréhension. Les sujets des miniatures sont ainsi issus des classiques de la littérature et de la poésie persanes. Parmi les sources d’inspiration, les plus illustres sont le Khamsé de Nizâmi (XIIe siècle), le Golestan de Saadi (XIIIe siècle), et surtout la fameuse épopée du Shâhnâmeh (Livre des Rois) de Ferdowsi, écrite aux alentours de l’an 1000, et qui est assurément l’œuvre la plus illustrée par les miniaturistes, permettant ainsi la fixation de scènes types telles que la rencontre des amants, l’audience du souverain, ou encore des scènes de chasse et de bataille.

Les jardins et la nature en général, ainsi que les moments musicaux, les fêtes ou les scènes entre deux amoureux sont également des thèmes prisés ; parmi les récits les plus représentés figurent les histoires mouvementées de Majnoun et Leila (ill.3), ou de Khosrow et Shirin, toutes deux relatées au sein du Khamsé de Nizâmi.

Ces thèmes sont de fait prétextes à une étroite collaboration entre poètes et miniaturistes, tous deux à la recherche d’une représentation artistique de la vie quotidienne. Bihzad (1440 – 1536), souvent reconnu comme incarnant l’apogée de la miniature timouride, est par exemple ami avec les poètes de son temps Djami et Alisher Navoï (ill.4).

       


Ci-dessus, de gauche à droite, (ill. 3) Davron Toshev, Majnoun et Leïla – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000, (ill. 4) Davron Toshev, Le poète Alisher Navoï – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.


Cependant, après un XVIIe siècle dominé par la brillante et novatrice figure de l’artiste Reza Abbassi (ill.5), le XVIIIe siècle marque une pause dans l’histoire de la miniature, au profit de l’huile sur toile – technique introduite depuis l’Europe.

La réémergence de la peinture de manuscrit a lieu plus tard, à travers des figures telles que Hossein Bihzad au XXe siècle, ou aujourd’hui avec l’artiste ouzbek Davron Toshev qui s’inscrit, par son œuvre de copiste, dans la tradition de ses prédécesseurs, oeuvre que nous vous invitons à venir découvrir à l’occasion de son exposition inédite à l’Institut Catholique de Paris.

 

BIBLIOGRAPHIE

– ROUX, Jean-Paul. La miniature iranienne, un art figuratif en terre d’islam. Site Le monde de Clio, janvier 2002.

– BOUVERESSE, Juliette. La miniature persane : l’émergence d’une esthétique singulière. Site Les clés du Moyen-Orient, article publié le 29/10/2012.

– ELISSÉEFF, Nikita. « BEHZAD (1440-1536) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 7 novembre 2019.

– MAKARIOU, Sophie. Les Arts de l’Islam au Musée du Louvre. Paris, Louvre éditions : Hazan. 2012.

– SAADI, Golestan (Le Jardin des Roses), XIIIe siècle. Traduit du persan au XVIIe siècle.

 

(ill. 5) Reza Abbassi, Deux Amants (1629-1630), tempera et or sur papier. 18,1 x 11,9 cm. Metropolitan Museum of Art, New York.

 

LISTE DES ŒUVRES PRÉSENTÉES

1- Davron Toshev, Avicenne et ses disciples – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

2- Davron Toshev, Le poète Alisher Navoï – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

3- Davron Toshev, Avicenne et l’Emir de Boukhara – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

4- Davron Toshev, Sans titre (miniature inspirée du Cantique des oiseaux de Farîd al-Dîn Attâr) Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

5- Davron Toshev, Nasr Eddin Hodja, sage soufi – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

6- Davron Toshev, Un Prince tuant Satan (miniature inspirée du Conte ismaélien des Mille et Une Nuits) – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

7- Davron Toshev, Majnoun et Leïla (miniature inspirée du Khamseh du poète Nizami) – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

8- Davron Toshev, Rostam et Tahmineh (miniature inspirée du Shāhnāmah – Le Livre des Rois du poète Ferdowsi) – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

9- Davron Toshev, Majnoun et Leïla (miniature inspirée du Khamseh du poète Nizami) – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

10- Davron Toshev, Portrait du Roi philosophe s’adonnant aux plaisirs (miniature inspirée du Shāhnāmah – Le Livre des Rois du poète Ferdowsi) – Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

11- Davron Toshev, Sans titre (miniature inspirée du Cantique des oiseaux de Farîd al-Dîn Attâr) Boukhara – Ouzbékistan – Années 2000.

 

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