Clément Calaciura

CARAVANES (Du 5 juillet au 5 septembre 2018),

Parvis de l’Institut du Monde Arabe (Paris), Alexandrie café : tous les jours de 10 h à 2h

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

Onze œuvres de ce sculpteur – designer – un cheval et un vol de dix faucons – vont recréer un de ces ensembles qui font rêver le monde occidental depuis plus d’un siècle. Mais à travers et avec la vision d’un créateur qui joue sur les pleins et les vides, les points forts et les douceurs essentiels à redonner leur énergie aux zones de pleins. Parcours dans le monde d’un designer architecte et sculpteur

« Les inspirations, ou plutôt références ne sont là que pour flatter la culture bourgeoise, en lui donnant à voir des signes qu’elle peut reconnaître et relever entre deux gloussements. Un peu comme le cinéma de Tarantino ou le street art. (…). En vérité, je me nourris de tout et ne m’inspire de rien ». Cl. Calaciura, Entretien, 18 juin 2018.


Trois des dix Faucons de l’installation Caravanes (2018), structure acier et acrylique sur toile cousue


De la biographie

Après une formation d’architecte d’intérieur à l’Ecole Camondo où il obtient son diplôme en 2015, Clément Calaciura, Bordelais, développe un œuvre sculpté singulier. Cette orientation affirmée a été précédée de phases autres mais qui apparaissent à l’égal de catalyseurs nécessaires.

Clément Calaciura dans son atelier (2018)

D’abord une rencontre avec la danse contemporaine, notamment le néobuto, (Carlotta Ikeda, sankai Juku …). « J’y vois », commente Clément Calaciura « la forme internationalisée du buto, comme sa forme originelle, elle cherche un mode d’expression mieux adapté au paradigme culturel actuel. C’est la danse de la méditation, de la catharsis, de la mutation perpétuelle pour mieux comprendre le monde. Entre le chtonien et le céleste, le vivant et le mort, l’animé et l’inanimé », une façon de voir le mouvement qui se retrouve face aux œuvres produites depuis quelques années par cet opposant d’une culture décorative manufacturée et morte.

Ce qui justifie des choix pouvant sembler éclectiques mais qui marquent le besoin de sensations, d’émotions autres, de pulsions qui forcent le regard et la réflexion, comme chez Van Eyck : « Van Eyck pour son obsession du détail, de la vérité des visages et des matières, négligeant l’approche dynamique italienne. Ses tableaux deviennent alors très surprenants. Si naturels et si artificiels en même temps. La composition est simple, le mouvement réduit à la plus simple sémiologie, et pourtant son attention du détail, la qualité de ses reflets rend vivantes ses figures piégées entre deux dimensions » explique Clément Calaciura qui insiste sur la nécessité de racines, d’une culture dense sachant imposer une séduction puissante. On note aussi ce souci du détail qui sait donner cohérence et fini à l’œuvre, mais le côté technique sait s’imposer tout en restant invisible.

Son approche de sculpteur, totale, concrète, dominatrice, laisse aussi la place à un homme curieux, doté d’un appétit de savoir, un savoir entre ludique et ouvert, qu’il sait apprécier de façon totale jusqu’à absorber l’œuvre qu’il a entrepris de savourer. Cet anthropophagisme intellectuel induit un jugement sans appel mais admiratif sur différents artistes : « Jean Carriès (1855-1894) pour la beauté et le mystère de ses portraits, Hermann Hesse (1877-1962) pour ses romans initiatiques nous poussant à questionner, fuir les dogmes, à nous ouvrir au monde ».

Pénétrer les goûts de ce sculpteur post ou néohumaniste si l’on veut l’étiqueter sans trop lui faire mal, permet de mieux comprendre sa conception de l’artiste dans le monde actuel. Avec les arts appliqués, les architectes trouvent cet univers dont ils ont besoin, celui qu’à travers leurs œuvres les designers réalisent. « Or, les arts plastiques contemporains cessent de produire des objets pour donner naissance à des concepts ». Ainsi, à l’aune de ses aînés, Clément Calaciura enchaîne réflexion, mise en oeuvre de pièces qui reflètent une richesse personnelle du monde, sa culture étant juste à l’égal d’un filtre qui doit restituer des besoins personnels et les ouvrir à ses semblables.

De la technique, vecteur de perfection.

Jolly, crâne de cheval (2015), structure acier et acrylique sur toile cousue, 80 x 30 x 40 cm

Crâne de cerf (2015), structure acier et acrylique sur toile cousue, 80 x 30 x 40 cm

L’art animalier occupe une place importante dans l’inspiration de ce jeune créateur : aller voir comment des chevaux évoluent ou partir observer des cerfs, un faon, des oiseaux de proie,… est une étape nécessaire pour laquelle il va dans les zoos, sur les hippodromes… A l’égal de Barbey d’Aurevilly qui n’hésite pas à inquiéter les fauves du Jardin des plantes par ses stations prolongées devant les cages. Même si la statue monumentale très présente à l’époque classique le fascine, il crée également des pièces plus modestes portées en pectoral (crâne de cheval, tête de cerf) qui ont tout autant d’attrait.

N’en étant pas moins homme, Clément Calaciura est aussi intéressé par ses semblables ! Des notables dont la patine du temps a ciselé la sagesse idéale : César, Montaigne, Molière, Hugo et Hendrix… Il n’empêche qu’hommes et dieux étant dans un rapport passionnel, les présences de Lucifer ou de Bacchus conduisent à des états seconds.


Bustes de Molière, César, Bacchus (2016-2017), structure acier et acrylique sur toile cousue, 85 x 40 x 35 cm


Ces bustes, classiques dans la démarche, puisqu’ils sont un hommage aux antiques, montrent déjà comment sur des sections de fil d’acier noué à la main, Clément Calaciura ajoute des pans de coton cousu puis peint à l’acrylique. Plusieurs couches sont nécessaires afin de garder à la structure son aspect, mais en jouant sur l’impact des reflets générés par ces adjonctions progressives de polychromie.

Caravanes

Le parvis de l’IMA (Institut du Monde Arabe) se prête volontiers au déploiement d’une mise en scène dont la symbolique trouve à tous égards sa justification. Le choix du sujet renvoie à des phases cultuelles très liées à des moments de l’Histoire qui ont permis le développement du courant orientaliste. Observation d’un environnement autre, celui d’un Orient qui influence des artistes comme Delacroix, Théodore Frère, Marilhat,… La fascination des formes, de leur rendu sous une lumière autre que celle de leur pays d’origine, autant de raisons qui ont suscité de façon continue des pièces adoptées ici et là-bas.

Pur-sang égyptien (2018), structure acier et acrylique sur toile cousue, haut 250 cm

La position centrée du cheval, une imposante pièce de deux mètres cinquante de haut va projeter une ombre flottante, changeante, avec les déplacements de la lumière. Une ombre perturbée, complétée, rendue plus mouvante encore par la présence des dix faucons, représentés en vol, au repos, autant de taches polychromes vives ou plus atténuées qui vont, elles aussi aller et venir sur cet espace privilégié.

D’autres lieux vont accueillir les œuvres de Clément Calaciura : après l’IMA, en novembre prochain, la Dubai design week, un lieu qui reste emblématique pour les jeux d’ombres et de lumière de ce pays des mille et une nuits où l’Art doit rivaliser avec la Nature sans savoir où s’arrêtent les frontières de l’un et de l’autre…

A Clément Calaciura le mot de la fin avec ce texte rédigé tout récemment sur Caravanes :

Caravanes est une installation créée pour l’Alexandrie Café à l’occasion de sa résidence d’été sur le parvis de l’institut du monde arabe.
Elle présente un vol de faucons sacre et la figure d’un pur-sang egyptien.
Cet ensemble sculptural en fils d’acier et toile peinte trace en filigrane la présence rêvée du maître fauconnier, d’une présence humaine à l’Alexandrie, devenue oasis urbaine.
L’artiste confronte son oeuvre à la mémoire, à l’imaginaire collectif pour générer une idée, un fantasme.
Caravanes est une expression du «suprafiguratisme» de Clément Calaciura : une utopie plastique qui questionne les concepts traditionnels de l’art contemporain et ses modes de représentation.
Pour l’artiste, il ne s’agit plus de savoir où est l’oeuvre, mais où est le sens.

Clément Calaciura dans son atelier (2018)

Clément Calaciura (2018)

Clément Calaciura, Pur-sang égyptien (2018) Parvis de l’Institut du Monde Arabe, Alexandrie café, le 5 juillet 2018

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