A propos d’un lavis de Zhou Qixiang, Jouer avec les grues.

par Christophe Comentale

Durant l’inauguration de son exposition « La vie poétique de Zhou Qixiang, peintures et sculptures », qui a lieu à Paris en la mairie du 13e arrondissement, du 20 janvier au 1er février 2020, outre les discours du maire du 13e arr. et de Tan Buon Huong, député et conseiller de Paris, le public a eu le plaisir d’assister à la création d’une oeuvre au lavis, Jouer avec les grues par le peintre Zhou Qixiang.

Jouer avec les grues戏鹤 (2020), lavis d’encre et de pigment, 70 x 36 cm. Signé et daté en colonnes, cachet cinabre.

Originaire de la capitale provinciale du Shaanxi, Xi’an, outre une formation aux Beaux-arts, Zhou Qixiang étudie la sculpture successivement à l’Institut des Beaux-Arts de Xi’an et puis à l’Institut central des Beaux-Arts sous la direction de sculpteurs contemporains tels que Ma Gaihu, Qian Shaowu, Liu Kaiqiu,…

    


Zhou Qixiang réalisant son œuvre en lavis, Jouer avec les grues, Paris, le 22 janvier 2020.


Il effectue de nombreux voyages à l’intérieur de la Chine, consigne ses remarques, des croquis nombreux, dans ses cahiers qui sont des recueils de prises de notes sur ces périples, aussi des rencontres de gens et de lieux. Le désert de Gobi dans la province du Xinjiang, les régions montagneuses de l’ouest de la Chine avec les provinces du Sichuan et du Guizhou sont autant de lieux propices à une création originale.

Outre le lavis, Zhou Qixiang a aussi un œuvre sculpté, en bronze, qui traduit les attitudes de vie des gens de la société chinoise qui l’entoure.

L’exposition parisienne a privilégié des formats moyens tant pour les peintures au lavis que pour les sculptures. Un nombre important de pièces était réalisé sur carton, traduisant des formes d’éventail, des tondi, formes dites en pleine lune, de même que des compositions doublées sur papier xuan constituaient cet ensemble où l’encre reste l’ossature de l’oeuvre tandis que le pigment permet une polychromie discrète.

Les sujets sont autant des paysages, ceux, justement, rencontrés au fil des voyages, et restitués comme autant de souvenirs narrés pour soi et autour de soi. Des scènes de village, nombreuses, disent aussi l’importance du quotidien, celui des détails qui ponctuent les faits et gestes de tous.

Son monde, c’est aussi celui des mythes, des histoires, des légendes qui reviennent peupler son imaginaire, riche et foisonnant.

C’est pourquoi, comme cela se fait encore en Chine lors de l’inauguration d’une exposition, l’artiste au centre de l’événement réalise, pour son public, une œuvre sur un sujet qui lui tiendra à cœur. Cette habitude dérange parfois autant qu’elle l’interloque, le public occidental qui n’a pas en tête les liens toujours si proches entre le tracé du trait pictural et le trait calligraphique pour un peintre chinois, surtout si ce dernier appartient à ce courant néolettré qui continue de privilégier l’importance du lavis dans le monde contemporain de l’Asie sinisée. Cet acte de création renvoie à la maîtrise, qui, oubliée, laisse libre cours à la fantaisie de l’artiste.

C’est avec un thème taoïsant, celui des immortels jouant avec les grues que Zhou Qixiang fête ce Nouvel an lunaire tout proche.

Comme je l’avais noté dans un article sur ce thème, (1) « i’iconographie chinoise accorde une place importante à la grue : lorsqu’elle passe dans le ciel, il convient toujours de jeter un regard afin de voir si un immortel ne la chevauche pas ! Ils sont plusieurs à avoir adopté cette monture extraordinaire : outre Laozi, le Maître du Pin rouge 赤松子, maître de la Pluie, le troisième est le musicien Wangzi Qiao, ermite qui vivait parmi les grues qui, par groupes de huit, se mettent à danser. On ne peut oublier Lu Ban鲁班, le divin charpentier et le Dieu de la Longévité 壽老爷, ce dernier fait partie de la triade taoïste du bonheur, de la prospérité et de la longévité. Quant au garçonnet, le garçonnet d’or 金童qui est repris sur l’iconographie traditionnelle, il est le serviteur d’un de ces immortels (Fava, 394 sq.) ».

Ainsi, calmement, maniant le pinceau sur le papier fin, du xuan très blanc, cru, presque, la feuille s’est progressivement animée, le début du ballet, cette danse des échassiers face à un immortel, devient un signe de bon augure, voire de longévité au seuil de cette année nouvelle…

(1) L’enfant chevauchant une grue, article publié le 31-12-2018.

 

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