A propos du colloque et de l’exposition « De la Terre au Ciel », Musée chinois du quotidien, Lodève

Entre deux événements, entre deux années

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Conformément aux grands axes que se sont fixés les acteurs du bâtiment polyévénementiel des Marches du Palais lorsque l’idée a germé de fonder un Musée chinois du quotidien, des expositions, des séminaires et d’autres actions concertées permettent une mise en valeur des collections et également des rencontres croisées sur des pôles complémentaires à ceux initialement constitués qui sont enrichis progressivement de dons de pièces spécifiques acceptées avec la plus grande prudence.

Pour l’année 2020, en raison de la complexité des procédures, le nombre des événements a été considérablement limité. La présente manifestation, De la Terre au Ciel, permet de faire le point sur l’activité de créateurs très différents, mais, tous,  attirés par la diversité de la Nature, vaste sujet qui draine des techniques et des théories différenciées.

Les contributeurs présents à ce colloque viennent d’horizons différents, leurs interventions restent des approches complétées par des bibliographies succinctes.

Pour l’été – automne 2021, une exposition sur les caractères et l’imprimerie Est-Ouest est prévue. Elle présentera d’une part un florilège d’œuvres du musée et sera complétée par des pièces provenant de collections privées. Des ateliers animés en concertation avec les établissements scolaires de la ville seront un prolongement destiné à apporter des dimensions pédagogique et culturelle fortes.

Actes du 2e colloque du Musée chinois du quotidien

Lodève, 23 octobre 2020. 

● Colloque, le vendredi 23 octobre, de 14h à 18h

Vendredi 23 octobre 2020, De 14h à 18h, Le paysage d’Est  en Ouest.

En parallèle à l’exposition, un colloque relatif au thème majeur des œuvres exposées, le paysage, invite différents artistes et chercheurs à présenter des aspects complémentaires de ce que peut être un paysage selon les origines et horizons professionnels des uns et des autres.

Ouverture du colloque

Nota bene :

Deux modes de consultation à ce document.

Les contributeurs remettent progressivement leurs sujets. Chaque sujet est mis en ligne à l’issue de cette remise. Parallèlement, le présent document va être modifié en rendant actif le sujet de chaque auteur. Après remise de l’ensemble des sujets, ils seront cumulés dans le présent document qui devient ainsi un document Actes du 2e colloque de Lodève.

●● Exposition du 24 septembre au 20 octobre 2020

Musée chinois du quotidien

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 20h. Scénographie et commissariat exécutif de D. Scuderoni. Espaces bar – restaurant, ouverts de 11h45 à 14h  et de 19h à 21h30. Vernissage le jeudi 24 septembre à 18h.

●●●  Visite du musée

Afin de prolonger le colloque de façon conviviale et amicale, les contributeurs et participants intéressés seront invités à l’issue de cette journée d’échanges à une visite privée du musée par Christophe Comentale.

Les intervenants

Jean-Pierre Baudon, Être « paysagiste »

Durant ma vie professionnelle, le terme de paysagiste ne concernait que l’en-tête des devis et factures que j’adressais aux clients.

Moi, je m’occupais de planter ou de tailler des arbres, de tondre des pelouses et parfois de faire quelques bassins et autres aménagements que pompeusement dans notre jargon l’on nomme des créations.

Paysagiste me semblait bien prétentieux et assez ridicule. Il en va ainsi dans notre société qui rebat certains termes pour valoriser des professions bien dégradées : professeur des écoles, auxiliaire de vie, technicien de surface, paysagiste.

Alain Cardenas-Castro, Un paysage de Juan Manuel Cardenas-Castro : le portrait d’un rocher

L’un des plus anciens témoignages connus de la représentation d’un paysage est celui d’une roche gravée qui remonte à la période néolithique. Ainsi, l’Être humain s’est continuellement appliqué à détailler le pays dont il est originaire tout autant que d’autres lieux découverts au fil du temps. La cartographie en témoigne ainsi que les réalisations artistiques qui, de la représentation de morceaux de pays, ont fini par définir un genre pictural : le paysage.

le premier paysage fascinant que j’ai pu observer a été celui d’un tableau qui par sa singularité et son exotisme m’intriguait. Ce paysage virtuel — une reproduction d’un territoire qui m’était alors inconnu — était accroché dans l’atelier de mon père le peintre indigéniste Juan Manuel Cardenas-Castro. Cette peinture de paysage étrange me paraissait extraordinaire car elle représentait un bloc rocheux gigantesque qui devenait à lui seul, et malgré la présence de plusieurs personnages, le protagoniste de la composition. Mon père avait ainsi réalisé le portrait d’un rocher.

Ce rocher d’exception n’est pas qu’un point de vue sur un panorama grandiose des Andes, il est aussi possiblement, un wak’a, une figure sacrée du paysage issue de la culture inca ne disposant pas de système cartographique. Les représentations du territoire sont transformées par les mythes et symboles venant créer des figures sacrées du paysage.

Christophe ComentalePaysages Est-Ouest et plans d’eau : les paysages de Luis Chan  [ 陈福善 ] et le  jardin chinois du Musée de l’Homme

Les expériences occidentales et occidentalisantes en matière de conception de jardin chinois sont légions. Au fil de l’histoire, de l’histoire du goût et celle des voyages, des histoires imaginaires aussi, de celles qui se répandent et deviennent des traces indicibles de ce qui, à un moment ou à un autre a frappé l’attention.

Toujours est-elle que parmi ces périodes de sinomania, l’une des dernières correspond aux années 30-40 du XXe siècle.

L’entre deux-guerres permet des emballements incontrôlés pour une classe sociale désireuse d’oublier les atrocités de la guerre et la grisaille de celles qui proviennent des pays voisins. C’est également une époque où les voyages en Chine sont très prisés : médecins en poster outre-mer, artistes désireux de parfaire leurs visions esthétiques, esthètes et collectionneurs allant traquer les pièces rares auxquelles une esthétique nourrie des lieux et des lectures va donner une aura sans pareil.

Hong Kong, terre de transits voit s’installer des habitants aussi divers que Luis Chan dont les paysages chinois sont facilement assimilables à des chinoiseries en raison de leur simplification particulière. Echo lointain de cette vision, le jardin chinois surgi de la colline de Chaillot qui abrite le Musée de l’Homme.

Irène FaivreMes paysages

Immobile, devant un paysage, l’invitation au voyage commence. Je me retrouve enveloppée et la quiétude s’empare de moi. Je m’abandonne à des pensées vagues et rêveuses. Dans ce calme, le silence m’enlace et devient un formidable miroir. Cette vision sous mes yeux, comme un réflecteur m’amène au plus profond de moi-même. Il m’entraîne et me livre les cicatrices de mon enfance. Au cœur de ce cahot intérieur  se cachait le Joyau, ma Qualité, ma Lumière. Quoique ces cicatrices restent indélébiles, faisant toujours partie de ma personne (sans pour autant me dominer !), elles ne régissent plus ma vie et au fil du temps, elles  sont même devenues une force.

Une force de création,  une force pour traduire l’invisible.

Tout ceci a pris naissance au détour d’une rencontre déterminante, où  j’ai pu accéder à la création, en l’occurrence ma rencontre avec une personne remarquable, Véra Székély qui fut pour moi comme un don du ciel et un immense bonheur.

Laurent Fau, Reliefs

Laurent Fau (1964, Conques-en-Rouergue, département de l’Aveyron).

Il est initié au modelage par son arrière-grand-père le sculpteur toulousain Henry Parayre qui aura une grande influence sur sa découverte du monde de l’art. Après des études supérieures à Toulouse, il devient archéologue médiéviste tout en continuant à se former à la sculpture.

À partir de 1997, il rentre dans l’atelier du sculpteur Christian André-Acquier à Montauban avec qui il se forme et lie une profonde amitié. En 2005, il quitte Toulouse pour s’installer à Conques-en-Rouergue où il retrouve ses racines familiales.

Laurent Fau est archéologue et sculpteur.

HU Jiaxing, De la conception chinoise du paysage dans l’étymologie des termes fengjing  [風景]

Si le terme bien connu shanshui 山水, « montagne-eau », renvoie par deux éléments concrets à une forme classique de peinture de paysage, et encore, à une pensée philosophique sur la nature, le terme relativement moderne du « paysage » fengjing 風景, quant à lui, semble être assez peu discuté. Ces deux derniers caractères signifient respectivement « vent » et « lumière/ombre », matières abstraites, dans leurs étymologies se trouvent l’animal et le soleil. La connotation de ce terme est-il aussi riche et originale que celle de shanshui ? Quelle est la conception chinoise du paysage contenue dans ce terme ? À travers les découvertes archéologiques récentes et les sources littéraires et mythologiques, nous pouvons dévoiler une pensée symbolique de l’enquête du milieu derrière les images de l’animal, du vent, de la lumière et de l’ombre. En fait, l’enquête symbolique du milieu engendre non seulement la cartographie mais aussi la pensée cosmogonique dans la conception du paysage, et en particulier dans l’acte de vivre du paysage.

Docteur en anthropologie culturelle du Muséum national d’histoire naturelle, HU Jiaxing est artiste – chercheur.

Marie Laureillard, Ecrire la lumière ou absorber l’ombre : la photographie paysagiste de Lang Jingshan (1892-1995).

Considéré comme le « père de la photographie asiatique », Lang Jingshan (Long Chin-San) (1892-1995) inscrit le paysage à l’encre chinois dans la modernité au moyen de la photographie. En 1927, une exposition d’art à Shanghai introduit ce médium pour la première fois aux côtés de la peinture. Lang Jingshan, qui organise sa première exposition personnelle en 1929, publie ses créations dans des revues populaires comme Liangyou, Shanghai Sketch ou Modern Sketch. Encouragé par les idées de Cai Yuanpei, président de l’université de Pékin, qui comparait la photographie à la peinture dès 1920, et celles du poète Liu Bannong, pour qui ce progrès vers la modernité doit s’enraciner dans la culture chinoise, il développe un type de photographie composite aux riches effets de clair-obscur et de silhouette en surimposant plusieurs négatifs et ajoutant une inscription à l’encre sur le tirage, afin de les faire ressembler le plus possible aux peintures classiques. Bien qu’il ait également abordé d’autres genres (nature morte, nu, etc.), nous analyserons ici un certain nombre de ses photographies paysagistes, en particulier celles des collections de la BnF, pour mieux mettre en lumière le rôle pionnier de Lang Jingshan et sa sensibilité esthétique d’inspiration pictorialiste, en les contextualisant dans son époque et en les comparant à d’autres œuvres de son temps ou plus récentes.

Marie Laureillard  est HDR, maître de conférences à l’université de Lyon 2, membre du conseil scientifique du MCDQ.

Boris MillotLes fonds asiatiques du musée de Montgeron

Les ressources des musées de province et des très nombreuses villes et communes ne cessent de surprendre par l’ampleur du patrimoine qui a été accumulé, étoffé, conservé. Ainsi en va-t-il de la diversité des fonds du musée municipal de Montgeron, au cœur de différents projets…

Universitaire, président des amis du musée municipal de Montgeron.

Elisabeth MoineDu musée et de ses facettes

Collectionner, amasser, thésauriser puis donner la vie éternelle aux pièces qui sont devenues un patrimoine collectif reste l’un des devoir moraux de tout un chacun si l’on souhaite évoluer dans un environnement à l’aune d’un plaisir commun.

Elisabeth Moine fait le point sur le travail de préparation à mener à bien pour qu’un lieu devienne musée homologué…

Directrice administrative et financière, chargée de cours à Paris-Sorbonne.

Sarah Wilson, « A wake-up call for our non-stop world » : paysages dystopiques de la Chine en 2015

UBERMORGEN: Chinese Coin, Red Blood, 2015 (ou comment la production du bitcoin dans la région autonome de  Xinjiang Uyghur s’implique dans le  discours lyotardien du sublime).

Sarah Wilson est professeur d’histoire de l’art, au Courtauld art institute de Londres.

 

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