De la sculpture contemporaine : à propos de « Vertèbre T1 », nouvelle œuvre de Didier Scuderoni

par Alain cardenas-Castro

De l’infiniment petit au démesuré, le challenge est relevé par des artistes chercheurs désireux de pénétrer les formes les plus abstraites afin de leur insuffler une vie autre. Le rapport entre art et science trouve tout son impact en un siècle qui hésite entre la magie du virtuel et la sensualité de l’œuvre présente et source de patrimoine tangible. Portrait d’un sculpteur hédoniste.


(Ill. 1 et 2). Ci-dessus, de gauche à droite. Didier Scuderoni, Buste (2019) et Buste II (2019), résine synthétique, pigment acrylique, laiton, 60 x 56 x 36 cm. © Didier Scuderoni



(Ill. 3). Ci-dessus. Didier Scuderoni. Lierre de lettres (2013), résine synthétique, pigment acrylique, laiton, 150 x 56 x 36 cm. © Didier Scuderoni


L’art contemporain ne cesse de surprendre par la multiplicité des tendances qui coexistent et se font jour. Ainsi en va-t-il du parcours de Didier Scuderoni (1964, Privas), peintre et sculpteur dont les travaux et recherches ont privilégié un cycle de personnages nés du classicisme (ill. 1 et 2) et de synthèses au fil desquelles le corps reste la préoccupation majeure de cet architecte des formes humaines (ill. 3). Comme il le rappelle dans une interview récente, « l’art est pour moi – dit-il – le langage de l’âme, l’incompréhension nous réduit en effet au silence ». Une curiosité tournée vers l’histoire a généré un ensemble de pièces médiévales dont une immense statue de Templier (ill. 4 et 5) qui est désormais un marqueur incontournable de la Couvertoirade, commune du Larzac, où est conservé l’unique château templier de France, et, désormais où domine ce guerrier de 2 mètres de haut qui donne tout son cachet à ce collectionneur privé qui en a fait la pièce maîtresse de sa collection.


(Ill. 4 et 5). Ci-dessus. Didier Scuderoni, Le Templier (2021), résine, h 200 cm. Détail des pièces de la sculpture, casque et écu.


En marge de la préparation d’une exposition dans la ville de Baoding (Chine) dans laquelle parmi les thèmes choisis figuraient des études de pièces anatomiques, Didier Scuderoni s’est attaché à commencer des sculptures montrant son attachement à l’histoire naturelle. Il appartient en cela à ce courant qui dit son intérêt pour les croisements et passerelles entre disciplines scientifiques et pratiques artistiques, un peu comme le fait Quentin Garel, lui aussi attiré par les œuvres aux proportions particulières réalisées en matériaux inattendus, tout autant que Louise Bourgeois propose ses insectes gigantesques, prétexte à des descriptions autres.

Ainsi, avec cette Vertèbre T1, Didier Scuderoni propose un voyage, une narration avec des formes rendues visible par cette incursion à mi-chemin entre art contemporain et sculpture animalière classique. Comme le précise l’artiste dans un récent commentaire

« il s’agit d’une vertèbre de chèvre grossie 10 fois. Et même, si l’on veut préciser, de la vertèbre thoracique n° 1, située au sommet du corps, juste avant les vertèbres cervicales. Elle récolte par le passage de la moelle épinière toutes les informations du corps vers le cerveau. La colonne vertébrale est l’armure de notre communication interne. T1 renvoie tout vers la vertèbre dite Atlas, celle qui est au sommet de la colonne vertébrale, comparée au géant mythologique Atlas qui a la lourde charge de tenir le monde ».

Didier Scuderoni, Vertèbre T1 (2022), mousse polyuréthane, pâte à papier, acrylique

 


Ci-dessus de gauche à droite. Vertèbre T1 bis (2020), acrylique sur papier, 76 x 56 cm et Vertèbre T1 (2020) avec la sculpture Vertèbre T1 (2022), mousse polyuréthane, pâte à papier, acrylique


Cet œuvre sculpté, hors des modes, attire par sa force et le raffinement qui suinte de chaque composition, comme autant du décalage entre passé et curiosité qui sont mis en confrontation afin de traduire la singulière présence au monde de ce créateur qui renouvelle avec plénitude les images du monde qui l’entoure.

 

Orientation bibliographique

  • Site de l’artiste : https://dscuderoni.wixsite.com/artiste
  • Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale, Le templier ou De la statuaire monumentale. À propos d’une nouvelle sculpture de Didier Scuderoni, in : Science et art contemporain, publié le 30 juin 2021.
  • Didier Scuderoni : au fil des peintures et des sculptures, 30 années de création. Natures Est-Ouest : œuvres au lavis de Didier Scuderoni et Yang Ermin. Espace culturel de Baoding (province du Hebei, Chine). Du 21 septembre au 5 octobre 2017. Catalogue bilingue français-chinois.
  • Christophe ComentaleDidier Scuderoni, parcours d’un pinceau ou les jalons de trente ans de création. [Paris] : les Éditions du Fenouil, [ca. 2015]. 28 p. : ill. en coul.
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