En franchissant la lisière : les paysages hors-norme de Zeng Sankai

Compte-rendu

La galerie-librairie Impressions a, durant ce mois de Nouvel an lunaire chinois, – du 26 janvier au 17 février 2018 – laissé les cimaises à deux artiste chinois, Wang Li 王犁 et Zeng Sankai曾三凯. Le commissariat de l’exposition a été assuré par Isabelle Baticle, plasticienne et sinisante.


Par Alain Cardenas-Castro

« Repousser les limites ». Ce sont trois mots formulés par Zeng Sankai qui résument l’ensemble de ses dernières productions présentées à Paris, dans les espaces d’exposition de la remarquable Galerie-librairie Impressions.

Zeng Sankai est né en 1974 à Quanzhou, dans la province du Fujian. Pour cette première exposition en France, il a voulu expérimenter de nouvelles manières de faire à partir de procédés et de matériaux utilisés pour cette occasion.

La peinture de paysage est au cœur du travail de Zeng Sankai. Ce professeur de peinture chinoise à l’Institut des arts de Chine à Pékin, est passé maître dans l’art du Shanshui. Mais, c’est en dehors des limites de la tradition que Zeng Sankai propose quelques morceaux choisis, tous issus de sa dernière série : une centaine de peintures déclinées sous différents formats. Réalisées sur soie, ces œuvres peuvent, au premier regard, se lire comme des paysages traditionnels. Une lecture plus attentive, entraîne très rapidement au-delà de cette limite. Cette lisière une fois franchie, le dialogue s’établit avec de multiples références plastiques, musicales, littéraires.

Les deux plus grandes peintures présentées ci-après résument l’univers particulier créé par Zeng Sankai pour cette exposition : un champ musical, ponctué de poésie, de silences et rythmé d’une parfaite maîtrise des techniques calligraphiques et picturales.

    

Zen Sankai, formé à l’Académie des Beaux-arts de Chine à Hangzhou, ancre d’abord sa peinture dans la pensée chinoise de Laozi et de Confucius. Il s’inspire également des productions littéraires et plastiques de la dynastie Tang (618 – 907) comme de la poésie de Li Bai, Du Fu et Wang Wei. En regardant de plus près, on perçoit aussi les réminiscences des peintres de cette période, Li Sixun et son fils Li Zhaodao, dans l’apport de notes de couleurs vert et bleu sur l’un des deux grands formats exposé.

Ces grandes compositions peuvent rappeler au premier regard celles des artistes de l’abstraction lyrique, notamment de l’expressionisme abstrait. Mais c’est plutôt à certaines œuvres de Kandinsky que cette série s’apparente. L’importance du signe qui se transforme en couleur par le phénomène de synesthésie dans les œuvres du précurseur de l’art abstrait se retrouve dans la perception sonore traduite par un processus différents chez Zeng Sankai. Aller de la musique vers le signe et la couleur, c’est certainement là que réside la particularité de cette série de peintures.

Zeng Sankai fait de la musique un support, il l’appréhende à l’égal d’un matériau qu’il modèle avant de le retranscrire en signes et en couleurs. Les images mentales provoquées par l’écoute des sonorités de la flûte et du violon à deux cordes chinois, instruments qu’il affectionne, sont ainsi matérialisées par des traces qui apparaissent progressivement sur la toile. C’est chemin faisant que cette improvisation picturale le mène à un résultat inattendu.

En outre, Zeng Sankai permet à ses paysages d’atteindre une autre dimension, par l’utilisation de nombreuses transparences superposées en tonalités diffuses sur la soie utilisée à la place du papier. Cette ouverture permet de pénétrer dans le paysage, de se fondre dedans. Un cheminement qui peut rappeler Landscape Painting and Beyond, une œuvre de Bertrand Lavier, qui, avant d’être un créateur dépassant les frontières en mélangeant les genres artistiques a été paysagiste. Ces œuvres participent d’une même proposition : considérer le paysage à travers l’espace et le temps.

Une série de peintures anciennes de 1998 et 2003 et les nouvelles compositions présentes durant cette exposition permettent un cheminement parmi des signes variés. Zeng Sankai s’applique à mémoriser ces signes au gré de ses observations afin de les interpréter de manière sensible. Ainsi, il peut être attentif aux gouttes d’eau de pluie observées à travers la transparence d’une vitre pour les métamorphoser ensuite en cercles récurrents sur la toile. Plusieurs formes géométriques, quelquefois à angles arrondis, rappellent les motifs des sceaux apposés sur les peintures chinoises. A ce propos l’importance des sceaux pour Zeng Sankai est fondamentale, il est l’un des spécialistes de cette discipline – aussi un des arts les plus classiques de cette civilisation – et membre du prestigieux comité de l’Association de calligraphie et de gravure des sceaux en Chine.

Traduire subjectivement le réel et proposer des paysages rêvés peut sembler une méthode communément adoptée par de nombreux artistes. Parmi eux, Paul Klee, cité par Zeng Senkai. Certainement car le maître allemand a, d’abord, été un pédagogue, ensuite, parce qu’il est parti d’une tradition picturale impressionniste basée sur la lumière et la couleur pour l’adapter aux problématiques de contraste et de tonalité. Et surtout en raison de ses œuvres qui ont illustré des poèmes chinois. Les paysages rêvés, traduits par la technique de l’aquarelle noire mise au point par Paul Klee ont aussi été remarqués par Zeng Sankai. Il rappelle durant cet entretien qu’ « il y a cinq couleurs dans le noir. Ces couleurs qui côtoient l’encre de Chine sont diluées à partir de pigments et de gomme arabique qui se répartissent par un équilibre précisément recherché ».

Le cheminement de Zeng Sankai, au fil de ce parcours, à travers l’évocation des paysages de son enfance, menée par l’inspiration volontairement plus musicale qu’issue du paysage — shanshui en chinois — établit un parcours sensible, que l’on espère encore retrouver dans ses odysséess à venir. Les nouveaux horizons qu’il suggère, les échanges qu’il propose en mêlant les cultures d’Est en Ouest, participent de l’importance de cet événement croisé proposé par un artiste reconnu en Chine en parallèle d’un lien patrimonial qui, déjà plusieurs décennies ne cesse d’encourager une création et des échanges culturels qui font défaut au sein de notre institution….

Vue des œuvres de Zeng Sankai (à droite) et de Wang Li(à gauche).


Traduit en chinois par Isabelle Baticle

跨越界限

——曾三凯非凡的山水画作

阿兰·卡德纳斯-卡斯特罗 Alain Cardenas-Castro撰文

(法国自然博物馆)

“跨越界限”,曾三凯用这四个字归纳了他在巴黎著名的印象画廊(Galerie-librairie IMPRESSIONS 17 rue Meslay)展出的最新作品。曾三凯1974年出生在福建泉州。这次在法国举办首个展览,他希望能借此机会,在原有的绘画工艺和材料的基础上尝试新的创作风格。

山水画是曾三凯作品的核心主题。这位在北京中国艺术研究院任职的中国画教授,已成为山水画的名家。不过,曾三凯突破了传统的界限,从他最新的作品系列里选出一些作品来看,百余幅画的表现形式各不相同。在中国的绢上完成的这些画作,第一眼看上去是传统的山水画,更进一步赏析时,很快就会发现它们已突破这一限制,界限一旦突破了,多种艺术主题,例如艺术形式、音乐、文学等之间的交流和对话就建立起来。

曾三凯为本次展览创作的作品,表达了他创造的独特的宇宙:富有音乐感的画面,充满了诗意、宁静及对书法和绘画技巧的完美控制力表现出的韵律感。曾三凯,毕业于杭州的中国美术学院。他的画风最先受到儒家和道家等中国思想的影响,同时也吸收了唐代(618—907)文学和艺术形式,譬如李白、杜甫和王维的诗词。更深入地赏析,我们也能隐约感受到这一时期的画家的风格,如李思训和其儿子李昭道,这两位都是举世闻名的青绿山水画大家。而现在的这些大型作品一下子就让人联想起那些抒情抽象艺术家,尤其是抽象表现主义艺术家。更确切地说,康定斯基(Kandinsky)的相当一部分作品与这个系列类似。抽象艺术先驱的作品的重要标志,体现在“视觉”现象的色彩转化,这也反映在了曾三凯在创作过程中对声音的独特感知上。从音乐到符号和色彩,这显然是这一系列作品的特点所在。

曾三凯将音乐作为一种媒介,他同时将此理解为一种能转化为符号和色彩的可塑素材。他钟爱的中国传统乐器长笛和二胡的优美旋律激发了他丰富的想象,而这些想象中的画面又被他一笔一笔逐渐描绘在画布上。这种即兴创作的绘画方式产生了意想不到的效果。此外,曾三凯使其山水画上升到了另一个层次——并非在纸质画布上,而是在丝绸画布上运笔,通过一遍遍叠加墨色形成了丰富的层次,将其晕染、彻底融入山水中。这一技法让人联想起贝特朗·拉维耶(Bertrand Lavier)的一幅作品《风景画与超越》(Landscape Painting and Beyond),这位曾是园林设计师的艺术创作者通过叠加各种艺术风格来超越界限。曾三凯的这些作品则表达了同一主题:穿越时空的山水画。

曾三凯于1998年和2003年所创作的一系列旧作和本次展览中展出的新作品体现了各种符号的演变。他在自己的作品中用这些符号留下印记,从而以一种“感性”的方式来演绎。因此,如同透过透明玻璃窗看到的雨滴,化为画布上的一圈圈印迹,形状各不相同,有时是圆角的,让人想起中国书画作品上的印章。在这方面,印章的重要性对曾三凯不言而喻。

将现实题材主观性地表达在如梦如幻的风景画上,是许多艺术家通常采用的方法。这些人中不得不提保罗·克利(Paul Klee),曾三凯指出。当然,这位德国艺术家首先是一位教育家,其次,是他从以光线和色彩为基础的传统印象派绘画出发,改进了其对比度和色调问题。尤其值得一提的是,他的作品中充满了中式的诗意。曾三凯注意到保罗·克利运用其发明的黑色水彩画技法描绘出如梦如幻的风景画。在采访中他回忆说:“在黑色中蕴含了五种不同颜色,这些颜色的调配方法类似于中国水墨画中使用的墨,即用颜料和阿拉伯树胶来调和,从而精准找到平衡。”

沿着展览路线浏览曾三凯的作品,穿越了他记忆中的童年时代的风景,再被中国的山水画——这种自然而然的比风景更具音乐性的灵感引领,形成一种感性的路径,让人希望在未来能再看到他的精彩旅程。他所呈现的新视角,他将东西方文化融合在一起的交流方式,是这位中国知名的艺术家同时也是艺术传承者策划这场展览的重要原因,而这正是几十年来在我们的机构中所缺乏的,对创造力和文化交流的不断推动。

2018年2月26日巴黎

(包灵灵译)

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