« Ce dont je me rappelle », gouaches de Frédéric Oudrix

Espace Icare, 31, bd Gambetta, Issy les Moulineaux – 01 40 93 44 50. Exposition du 5 au 27 février 2019, Vernissage le jeudi 14 à 18h30. Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 22h, le samedi de 10h à 18h.

Compte-rendu d’exposition par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Ce dont je me rappelle

« Le temps passe. Le peintre s’adapte à l’éventuel ennui qui pourrait avoir raison de ces années de sacerdoce. Pour cela, j’ai délaissé progressivement les pinceaux au profit de la pulpe de mes doigts et de l’imprécision salvatrice de la paume de la main. Maintenant, les ciseaux sont les maîtres d’oeuvre.
Ils définissent les contours, les collages et les parties que l’on pourrait appeler « vides ». Les ciseaux conditionnent naturellement l’intégration de la peinture sur le mur et dans l’architecture. Alors, doucement la lumière du jour vient redessiner les contours. Je la remercie ». Propos (2019), Frédéric Oudrix.

Né en 1959, Frédéric Oudrix poursuit des études aux arts Appliqués Duperré. 1980 voit sa rencontre avec le film « Casanova » de Fellini. Il  réalise ses premières compositions peintes sur carreaux de plâtre gravés En 1985, après un passage éclair au journal de Bandes dessinées Pilote, il entame un long périple dans la céramique murale, ce qui vaut d’imposantes créations : Hôtel de ville de Voisins-le-Bretonneux (78), Collège des Petits Sentiers à Lucé (28), Hôpital de Chinshan (Taïwan).

En 1996 naît l’atelier Les industries de la contradiction à Montreuil sur la façade duquel l’artiste laisse des versions successives d’une œuvre totale.

Depuis 2003, il a opté pour un retour à la peinture sur papier.

Propos antérieurs

Comprendre le présent nécessite souvent un recours à des éléments du passé. Ces quelques paragraphes sont le résultat d’entretiens avec l’artiste, mis en forme pour une exposition monographique réalisée en 2011 au centre culturel de Choisy-le-roi. Ils aideront le visiteur de l’exposition Ce dont je me rappelle à mieux se familiariser avec le monde et l’univers graphique de Frédéric Oudrix.

2003, un questionnement assaille le peintre : comment peindre ? Comment ne pas peindre ?

« Mes formats irréguliers, très irréguliers ont, bien sûr, surpris, créé un sujet de curiosité aussi. Les œuvres peintes sur gouache sont, généralement, plus classiques, différentes en tout cas… Je voulais que l’histoire montrée ait un lien étroit avec mon histoire personnelle, qu’elle soit composée de rythmes de ma propre vie ; cette intimité prend une dimension importante ; la mise ensemble, le rapprochement, voire la fusion de tout cela permet la construction de mon langage poétique ». Les matériaux sont pensés, testés, acceptés ou éliminés selon les contraintes que le créateur doit leur faire subir : « Je fatigue le papier tout comme je me fatigue moi-même ; je me plagie, je copie des choses que j’aime bien ». La gouache se travaille facilement pour qui sait l’apprivoiser : accumulation, grattage, lavage, reprise après séchage,… Quand la gouache tombe parfois de son support, les vides forment alors des ouvertures, des fenêtres colorées. On redécouvre des couleurs enfouies sous d’autres couches. L’artiste devient archéologue  vu au cœur de sa stratigraphie chromatique, retravaillant sur une épaisseur qui a pu cumuler jusqu’à une quinzaine de couches. «  Ce retravail, cette reprise de la matière s’avèrent un moment d’un processus, une obligation ou un rituel épuisant vers une étape plus évoluée de la peinture. Cela correspond à une succession d’échos, des échos qui deviennent la matière picturale. Cette approche, je ne peux m’en passer ! ». Frédéric Oudrix  considère que photographier tous les états de la Nature ne montrerait que les évolutions de la peinture. Cependant, il n’a aucun regret sur ce propos. Si la peinture est finie, est jugée achevée par l’artiste,  c’est qu’une évidence s’est imposée : « Cette évidence, elle est impossible à analyser, mais c’est ainsi ! ».

2006, fin des formats irréguliers.

2008. Année récréative, des œuvres sont commencées parallèlement à tout ce qui est mis en mouvement. « Le papier » confie-t-il « n’est pas un emballage, mais un revêtement plutôt éphémère où cohabitent une multitude d’éléments graphiques. On sait, au début de la mise en œuvre, de la prospection qu’est toute création à sa mise en espace, que certains papiers mis ensemble seront plus efficaces que d’autres, ainsi en va-t-il du binôme noir et blanc / couleur, mais il doit, au milieu de tout cela, rester une spontanéité fondamentale, car tout doit sembler s’avérer léger, rapide, sans plan d’ensemble. On doit conserver l’impression que tout, morceau par morceau, est interchangeable ».

Les grands formats, 2, voire 3 mètres de hauteur ou de largeur n’empêchent nullement cet obsessionnel des espaces appropriés de travailler sur la succession et l’accumulation. La façade de la maison de la rue de la Révolution, à Montreuil-sous-bois, en est bien l’illustration la plus évidente. La façade peinte est une suite de papiers traités comme une toile de verre sur laquelle la gouache est vernissée.

Une série récente de photos traitées aussi comme des gouaches qui viennent créer une sorte de surimpression en film a permis ce retour aux formes régulières tout en conservant ce besoin de parties sombres, retravaillées comme il est coutumier.

Les manuscrits de peintre

Au fil de cette carrière, d’un médium à un autre, le livre reste une forme complémentaire que Frédéric Oudrix n’oublie pas, à laquelle il se consacre de façon intime, selon ses besoins de focaliser sur un motif, un chromatisme qui aura été, par ailleurs, traité dans un moment des grands formats. A lui le dernier mot : « Le livre – en fait un livre – doit être unique, tout comme une œuvre ou même une photo. Avec le livre que j’assimile au manuscrit, je peux parvenir à approcher différemment la création dans une continuité qui me correspond… » Christophe Comentale, in  Journal de l’exposition de Choisy-le-roi, 2011.

 

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