Portraits d’hier et de demain (6) « Les créatures entre ombre et lumière d’Alberto Quintanilla »

par Alain Cardenas-Castro

1934. Cusco ; 1961, Paris. Ces deux dates fonctionnent comme deux pôles complémentaires qui s’attirent et, à l’égal d’un aimant forment des zones de vide magnétique. Sa solide formation artistique et technique est double, d’abord un cursus aux Beaux-arts de Cusco et de Lima, puis de Paris et, par ailleurs, la fréquentation de l’Atelier 17 de William Hayter. Cet ensemble de passages dans des environnements bien différents, tous avec des pratiques distinctes, ont comme canalisé les pulsions et l’imaginaire narratif si facilement déconnecté du réel où il prend ses assises, des points de repère forts et comme des tranches de vie creusées sur l’instant ou, au contraire, des narrations qui vont s’en éloigner pour mener vers d’autres contextes. Et au quotidien, le jardin extraordinaire qui rassemble aussi touffu que ceux du Douanier Rousseau, une nature en phase avec les œuvres.

(ill. 1) Alberto Quintanilla dans son atelier robinsonnais, juin 2021.

Continuer la lecture

De la musique andine autour des Cardenas-Castro. Le compositeur Roberto Ojeda Campana, le guitariste Osmán del Barco, la musique cuzquénienne génératrice de [Panoramas] (12)

par Alain Cardenas-Castro

Après avoir retrouvé dans le fonds d’archives de l’atelier de la rue Vineuse une cassette audio d’un enregistrement effectué en 1981 au Pérou, je me suis rappelé mon père, le peintre Juan Manuel Cardenas-Castro (1891-1988), me parlant de ses aptitudes à jouer de la guitare dans sa jeunesse. Il entonnait des vocalises tout en m’expliquant la rythmique de l’instrument et en évoquant ses souvenirs liés à cette musique andine particulière, le Huayno[1].

A partir de ce document sonore, il m’a paru important de regrouper les diverses pièces couvrant le domaine musical dans le fonds d’archives de l’atelier de Juan Manuel Cardenas-Castro : partitions musicales, courriers, photographies, etc. La plupart de ces pièces proviennent de l’échange épistolaire avec son ami de jeunesse à Cuzco, le musicien Roberto Ojeda Campana (1895-1983). Pour faire suite à cet inventaire non exhaustif, j’ai trouvé opportun de présenter ce corpus documentaire qui entre dans le cadre de ma recherche sur la lignée des Cardenas-Castro peintres et muséographes.

Dans un premier temps, en suivant la logique du plus grand nombre, j’ai décidé de présenter les documents relatifs au musicien Roberto Ojeda. Dans un deuxième temps, j’évoque la rencontre de José Félix Cardenas-Castro (1899-1975) avec le guitariste Osmán del Barco (1902-1966), à partir d’extraits tirés du livre d’Ernesto More, Huellas humanas. Et, dans un troisième temps, je retrace le projet photographique que j’ai réalisé lors de mon voyage au Pérou en 1988. Il témoigne de mon regard sur la culture musicale du Sud-andin venant confirmer, que, comme pour nombres d’artistes, l’élargissement du champ des investigations à des domaines autres, en l’occurrence, celui de la photographie documentaire, voire anthropologique, permet d’enrichir le travail de conception et les modes de productions plastiques.

(ill. 1) De gauche à droite. Juan Manuel Cardenas-Castro et Roberto Ojeda, Cuzco, mai 1981. Visuel, Thérèse Cardenas-Castro

Continuer la lecture

Les Editions du Fenouil. Naissance d’une nouvelle collection, « Réceptions », des monographies entre Est et Ouest

par Christophe Comentale

 

Lieu de diversité textuelle et iconographique, creuset de sujets entre textes et image, les éditions du Fenouil ont fait leur apparition en 1985. Depuis plusieurs années, elles ont acquis une visibilité saisonnière ou plus vivace qui contribue de donner vie à des livres de types différents.

 

Continuer la lecture

De la diversité de la littérature grise : à propos des collages du quartier Goutte d’Or – Château Rouge. L’hommage anonyme aux Péruviens Bryan Pintado Sánchez et Inti Sotelo Camargo

par Alain Cardenas-Castro


(ill. 1 et 2) En memoria – x – tu muerte no será en vano tu lucha la seguimos nosotros. Bryan Pintado Sánchez (1998-2019) et Inti Sotelo Camargo (1996-2019), impressions n/b format A4.


Continuer la lecture

Portraits d’hier et de demain (5) « Au-delà de l’indigénisme. Manuel Gibaja, un passeur de culture »

par Alain Cardenas-Castro

Afin de poursuivre la galerie de portraits choisis dans le panorama de la création plastique contemporaine péruvienne, j’ai décidé de faire écho à l’exposition intitulée Global(e) Resistance, programmée au centre Pompidou. Mon choix s’est porté sur le plasticien péruvien, Manuel Gibaja, grand oublié parmi cette sélection d’artistes effectuée par les commissaires d’exposition, Alicia Knock, Yung Ma et Christine Macel[1] suivant la thématique proposée.

(ill. 1) Cusqueñita, aquarelle de Manuel Gibaja

Continuer la lecture

Un paysage de Juan Manuel Cardenas-Castro : le portrait d’un rocher (11)

par Alain Cardenas-Castro

L’un des plus anciens témoignages connus de la représentation d’un paysage est celui d’une roche gravée qui remonte à la période néolithique (ill. 1). Réalisée comme certaines peintures d’aborigènes d’Australie, en « vue de dessus », ce dessin gravé décrit un territoire, à l’identique des planisphères qui révèlent une partie du monde autrement impossible à voir[1].

En observateur curieux de son environnement, l’Être humain s’est continuellement appliqué à détailler le pays dont il est originaire tout autant que d’autres lieux découverts au fil du temps. La cartographie en témoigne ainsi que les réalisations artistiques qui, de la représentation de morceaux de pays, ont fini par définir un genre pictural : le paysage. C’est, d’ailleurs, en observant ces paysages de villégiature ou des sites reproduits en peinture qu’il est possible, en opérant ces transferts virtuels ou physiques d’un lieu à un autre, de ressentir une même sensation. Le dépaysement peut ainsi produire des émotions surprenantes de bouleversement, de malaises et, à contrario, des états allant du ravissement jusqu’à l’enchantement ou l’émerveillement.

De mémoire, le premier paysage fascinant que j’ai pu observer a été celui d’un tableau qui par sa singularité et son exotisme m’intriguait. Ce paysage virtuel — une reproduction d’un territoire qui m’était alors inconnu — était accroché dans l’atelier de mon père[2] au milieu de nombreuses peintures exposées qui figuraient le plus souvent des personnages. Quelques-unes de ces peintures comportaient un arrière-plan paysager, mais le plus souvent, les personnages étaient les principaux éléments des compositions. Il m’arrivait de regarder longuement cette peinture de paysage étrange, elle me paraissait extraordinaire car elle représentait un bloc rocheux gigantesque qui devenait à lui seul, et malgré la présence de plusieurs personnages, le protagoniste de la composition. Mon père avait ainsi réalisé le portrait d’un rocher (ill. 2).

(ill. 2) Juan Manuel Cardenas-Castro. Sans titre (s. d.), huile sur toile, 94 x 81 cm (coll. privée)

Continuer la lecture

Paysages Est-Ouest et plans d’eau, des paysages de Luis Chan  [ 陈福善 ] au jardin chinois du Musée de l’Homme

par Christophe Comentale,

Les expériences occidentales et occidentalisantes en matière de conception de jardin chinois sont légions. Au fil de l’histoire, de l’histoire du goût et celle des voyages, des histoires imaginaires aussi, de celles qui se répandent et deviennent des traces indicibles de ce qui, à un moment ou à un autre a frappé l’attention.

Toujours est-il que parmi ces périodes de sinomania, l’une des dernières correspond aux années 30-40 du XXe siècle.

L’entre deux-guerres permet des emballements incontrôlés pour une classe sociale désireuse d’oublier les atrocités de la guerre et la grisaille de celles qui proviennent des pays voisins. C’est également une époque où les voyages en Chine sont très prisés : médecins en poster outre-mer, artistes désireux de parfaire leurs visions esthétiques, esthètes et collectionneurs allant traquer les pièces rares auxquelles une esthétique nourrie des lieux et des lectures va donner une aura sans pareil.

Hong Kong, terre de transits voit s’installer des habitants aussi divers que Luis Chan dont les paysages chinois sont facilement assimilables à des chinoiseries en raison de leur simplification particulière. Echo lointain de cette vision, le jardin chinois surgi de la colline de Chaillot qui abrite le Musée de l’Homme.

Continuer la lecture

A propos du colloque et de l’exposition « De la Terre au Ciel », Musée chinois du quotidien, Lodève

Entre deux événements, entre deux années

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Conformément aux grands axes que se sont fixés les acteurs du bâtiment polyévénementiel des Marches du Palais lorsque l’idée a germé de fonder un Musée chinois du quotidien, des expositions, des séminaires et d’autres actions concertées permettent une mise en valeur des collections et également des rencontres croisées sur des pôles complémentaires à ceux initialement constitués qui sont enrichis progressivement de dons de pièces spécifiques acceptées avec la plus grande prudence.

Pour l’année 2020, en raison de la complexité des procédures, le nombre des événements a été considérablement limité. La présente manifestation, De la Terre au Ciel, permet de faire le point sur l’activité de créateurs très différents, mais, tous,  attirés par la diversité de la Nature, vaste sujet qui draine des techniques et des théories différenciées.

Les contributeurs présents à ce colloque viennent d’horizons différents, leurs interventions restent des approches complétées par des bibliographies succinctes.

Pour l’été – automne 2021, une exposition sur les caractères et l’imprimerie Est-Ouest est prévue. Elle présentera d’une part un florilège d’œuvres du musée et sera complétée par des pièces provenant de collections privées. Des ateliers animés en concertation avec les établissements scolaires de la ville seront un prolongement destiné à apporter des dimensions pédagogique et culturelle fortes.

Continuer la lecture

“Black is black (…) Red is red » ou  De brique en bannière.

1A propos de l’environnement d’une œuvre d’Alain Cardenas-Castro — De l’art de la guerre —  entre multiple et unique, entre texte et image.

par Sun Chengan

Alain Cardenas-Castro, en marge d’une exposition d’automne à la galerie Younique (Paris) a préparé des grands formats aux rehauts imposants et enrichis de remarques qui disent la richesse et la permanence de son langage graphique. Ces formats  rappellent la place de la fresque dans l’œuvre du créateur en constant renouvellement, ils sous-tendent d’une part une importante place pour les travaux préparatoires qui oscillent entre unique et multiple, et, de l’autre, une parfaite connaissance des techniques et cuisines donnant toute leur richesse aux œuvres produites ainsi qu’à leurs séquences transitoires.

(ill.I) Alain Cardenas-Castro, De l’art de la guerre, (2020), textes français et chinois manuscrits par Christophe Comentale. Encre, feutre, linogravure, acrylique, fil rouge de coton sur papier, 110 x 40 cm.

(ill.II)  Voyage de l’âme dans l’au-delà. Bannière funéraire de la marquise de Dai (Han occidentaux, 168-145 avant notre ère), tombe n°1, site de Mawangdui (Changsha, Hunan), encre et couleurs sur soie, 205 x 92 cm. Musée de la province du Hunan. 马王堆汉墓T型帛画


Continuer la lecture