Le Musée chinois du quotidien, ou la beauté de l’art utilitaire

par Marie Laureillard[1]

(ill. 1)

En visitant le nouveau Musée chinois du quotidien – espace François Dautresme à Lodève, dans la région de Montpellier, c’est toute une page d’histoire qui s’écrit sous nos yeux, toute la mémoire de la Chine du vingtième siècle qui ressurgit. Si l’on peut penser à première vue qu’il s’agit d’une sorte d’écomusée exotique transplanté en Occitanie, on est très vite ébloui par la beauté de tous ces objets que François Dautresme a patiemment amassés en sillonnant la Chine des années 1960 aux années 1990. Suivant son goût, sans a priori, ce marchand d’art passionné se laissait guider par son instinct et son goût esthétique, se contentant, comme il le disait lui-même, « d’ouvrir les yeux et les oreilles, avec comme seul fil conducteur celui des rencontres fortuites. En effet, partout en Chine, les gens sont assis sur des trésors qu’ils ignorent. »

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Clément Calaciura

CARAVANES (Du 5 juillet au 5 septembre 2018),

Parvis de l’Institut du Monde Arabe (Paris), Alexandrie café : tous les jours de 10 h à 2h

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

Onze œuvres de ce sculpteur – designer – un cheval et un vol de dix faucons – vont recréer un de ces ensembles qui font rêver le monde occidental depuis plus d’un siècle. Mais à travers et avec la vision d’un créateur qui joue sur les pleins et les vides, les points forts et les douceurs essentiels à redonner leur énergie aux zones de pleins. Parcours dans le monde d’un designer architecte et sculpteur

« Les inspirations, ou plutôt références ne sont là que pour flatter la culture bourgeoise, en lui donnant à voir des signes qu’elle peut reconnaître et relever entre deux gloussements. Un peu comme le cinéma de Tarantino ou le street art. (…). En vérité, je me nourris de tout et ne m’inspire de rien ». Cl. Calaciura, Entretien, 18 juin 2018.


Trois des dix Faucons de l’installation Caravanes (2018), structure acier et acrylique sur toile cousue


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Des trompe-l’œil chinois, XVIIe – XXe s., des huit cassures aux collages paysans :

 

 

 

 

 


Collages (1980 ca) Pièces de tissus collées, 57 x 48 cm (ancienne coll. FD)


La création récente du Musée chinois du quotidien à Lodève s’accompagne de la présentation d’un florilège de collages exécutés sur tissu durant les années 1970-1980 dans le Nord de la Chine. Cet événement permet de faire le point sur une notion fluctuante entre Est et Ouest, celle du trompe-l’œil. Ce concept de perspective fausse ou faussée, reste une perception occidentale qui prend une importance considérable dans les recherches à la fin du Moyen-Age, incluant aussi toutes les déformations possibles, telle l’anamorphose, la chambre optique, les traités sur la perspective, l’utilisation de supports variés : papier, bois, pigment,…

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杜泽林博物馆 收藏家、摄影家、中国器物商人杜泽林(François Dautresme)收藏。

Le Musée chinois du quotidien

Le fonds François Dautresme, collectionneur, photographe et marchand du quotidien chinois.

柯孟德(Christophe Comentale) 撰文

开幕仪式:2018 年 7 月 11日 19 时,罗代夫 OMDP 文化中心 (centre culturel OMDP de Lodève) 开放时间:周二至周日,上午10点至下午1点,下午4点至晚上8点。 联系电话:+33 4.67.88.03.31

“我们想不出一个中国人会做出什么丑陋的东西。对中国人来说,一个美的东西必定是 制作精良的,而一个制作精良的东西必定是有用的,有用才是美的,而美也必定是有 用的。经济思维决定了这一姿态。工匠遵从材料的特质,材料也会给出唯一的答案。 创造力与重复使用的价值并重。在中国,所有东西都联系在一起,相互对立的事物也 会得到很好的安置。我们看到,一个朝向恰当的房子和庭院代表着整个世界,三种相 反的视角可以共存于一幅农民画中,所有的材料都有存在的权利,书面语言是一门服 务于事物真实性的艺术,它的文字是作为一个物体被创造出来的。” 杜泽林的堂妹(Françoise Dautresme),《中国之旅(Le voyage en Chine)》,巴黎:FD,1976。

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Le quotidien de la Chine

LE QUOTIDIEN D’UN VISIONNAIRE…FRANCOIS DAUTRESME.

par Jean Levantal

François Dautresme en Mongolie intérieure avec WU Xiaolan (fin des années 1990) © Archives Françoise Dautresme

– Massif, pudique, modeste et plutôt secret, François Dautresme avait une innocence jésuite, malicieuse, cousue de fil blanc, qui le mettait en osmose parfaite avec la foule des Chinois qu’il aimait passionnément. L’œil de ce grand collectionneur s’allumait au seul spectacle de la beauté, celle-ci se réfugiant, dans la Chine contemporaine, dans les seuls objets du passé ou de la campagne. Alors, face à une trouvaille, François Dautresme, le descendant d’une longue lignée de grands serviteurs de l’Etat français mais aussi de paysans et de tisserands normands connus sur les rives de Criquebeuf-sur-Seine pendant plus de dix générations, s’accroupissait comme un paysan chinois, mettait le monde entre parenthèses et, face au propriétaire, il rusait, prêt à tout, sans la moindre précipitation. « Je venais de loin, et je m’intéressais à ce qui n’intéressait qu’eux (les paysans), les objets de leur vie quotidienne, de leur travail et de leurs traditions » soulignait-il. C’est ainsi qu’en trente-cinq ans, « Lao DU / Monsieur DOU », comme l’appelaient ses amis de Pékin ou de Canton, a amassé une collection de 50.000 objets et photographies, la mémoire de la Chine de MAO et de ses prédécesseurs.

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Le cheval en Chine

Propos introductifs

par Alain Cardenas-Castro

Comme c’est l’habitude depuis quelques années, la semaine asiatique se tient à Paris du 7 au 17 juin 2018.

Elle concerne, outre les salles de ventes et les musées Guimet et Cernuschi, dotés de fonds chinois, 20 prestigieuses galeries situées dans les 6e et 7e arrondissements de la capitale, dont la galerie Eric Pouillot. Pour la circonstance, son directeur met à l’honneur un florilège de pièces présentées ci-après. Ce texte est complété par une évocation historique du cheval.

Le thème est heureusement choisi, d’une part, il confère pouvoir et prestige au possesseur de ces montures au fil de l’Histoire, de l’autre, cet ongulé est l’un des douze signes propitiatoires du zodiaque chinois – il faudra attendre 2026 pour célébrer son année. Il n’en reste pas moins que toutes les années sont une bonne opportunité d’honorer ce conquérant autrefois adulé par les empereurs.

En écho à la présence de ces pièces d’exception, une sélection de quelques œuvres du peintre Wang Nong (1926 – 2006), élève de Xu Beihong. Comme son maître, Wang Nong a aussi aimé Paris où il a exposé voilà plusieurs décennies.

●  Du cheval de céramique : quelques jalons

par Eric Pouillot

Le cheval est un acteur essentiel de l’histoire de la Chine et l’art chinois a su générer de magnifiques représentations de l’animal. C’est à la fois à l’histoire militaire et à l’histoire sociale qu’il se réfère.

Sous la dynastie des Shang (1700-1200 avant J.C.), on le trouve attelé par deux ou quatre au moyen de joug de garrot pour tracter des chars de combat.


(pièce Han)


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« Temps de rêve » (2015), première œuvre d’une série en devenir

De la création contemporaine et des données ethno-anthropologiques

par Alain Cardenas-Castro

« […] À chacun d’entres nous, là ou il se trouve, d’inventer et de faire prospérer les modes de conciliations et les types de pression capables de conduire à une universalité nouvelle […] ». P. Descola , op. cit.

Temps de rêve est une œuvre en trois dimensions. Elle s’inscrit dans une relecture du totémisme, l’une des quatre ontologies proposées par l’anthropologue Philippe Descola pour définir différents systèmes de pensée chez l’être humain. Cette construction prend forme à partir d’un assemblage constitué d’éléments symboliques relatifs à huit individus issus d’un groupe familial de culture occidentale. Leurs attributs identitaires composent une silhouette anthropomorphe rappelant autant les mâts totémiques que la statuaire romane. Dissociés de l’assemblage mais comme parties intégrantes de l’œuvre, un diagramme et un cartel viennent détailler les liens et les correspondances qui ont participé au processus de réalisation de la construction, conçue à partir des caractéristiques relatives à chacun des membres du groupe familial.

Alain Cardenas-Castro, Temps de rêve (2015), Assemblage, cartel, diagramme, 16 x 24 x 20 cm (Éléments de la composition avant montage), Coll. de l’artiste © Alain Cardenas-Castro

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Le Musée chinois du quotidien

Le fonds François Dautresme, collectionneur, photographe et marchand du quotidien chinois.

par Christophe Comentale

Inauguration le 11 juillet 2018 à 19h au centre culturel OMDP de Lodève.

François Dautresme et Françoise Dautresme © Archives Françoise Dautresme

« Il ne viendrait pas à l’idée d’un Chinois de fabriquer quelque chose de laid. Pour lui un objet beau étant un objet bien fabriqué, et l’objet bien fabriqué étant un objet utile, seul l’utile est beau et le beau est forcément utile. L’économie dicte le geste. L’artisan prend ses ordres auprès du matériau. Le matériau donne une seule réponse. Le génie va de pair avec la récupération. Et comme en Chine tout se tient et que les contraires font bon ménage, on admet qu’une maison et sa cour, correctement orientées, représentent le monde, que trois perspectives opposées puissent coexister sur une peinture de paysan, que tous les matériaux aient le droit d’exister, que la langue écrite soit un artisanat qui rend service à la réalité des choses et que le mot soit fabriqué comme un objet ».

Françoise Dautresme, Le voyage en Chine, Paris : FD, 1976.

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Le 63e Salon de Montrouge : inquiétudes et signes urbains

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

 L’année 2018 est un crû décalé !

Le temps passé à regarder, à comprendre, à apprécier, a été, ce dernier week-end d’avril, bien plus rapide que l’an dernier ! Le temps ? Une morosité ambiante, des invités très inégaux — heureusement ! — parfois carrément décevants. En fait, un parcours plus architecturé, à l’aune des musées « nouvelles générations ».

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David Feruch, artiste visuel

Espace l’Atelier de Belleville, 29, rue de la Villette (Paris 19e)

Art & CO Afterwork, soirée du 26 avril 2018, de 18h à 23h.

par Christophe Comentale

« Nous avons souhaité depuis quelque temps que la rubrique Comptes-rendus se fasse l’écho de manifestations, parfois de courte durée, voire de soirées, dont le contenu est important dans le domaine de l’art contemporain et des expériences esthétiques présentées de façon éphémère. » Alain Cardenas-Castro.

Un contexte nouveau

Ma Li Dautresme, architecte d’intérieur et directrice artistique, assure le commissariat de cette soirée, « voulant créer des liens entre les différents métiers d’arts notamment en prescrivant des oeuvres d’art sur mesure (…). Ces afterworks ont lieu cette fois-ci dans une galerie de Paris – l’Atelier de Belleville – pour que nous puissions nous y rencontrer et échanger tous ensemble autour d’un artiste invité. L’itinérance est de rigueur pour chaque événement, aucun lieu – différent pour chaque afterwork – n’est exclu, l’art est au centre de chaque rencontre… ».

David Feruch, artiste visuel, imprime souvent ses tableaux sur aluminium comme des surfaces vivantes, des images qui parlent de l’homme dans la ville, l’Urban Spirit qui nous entoure.

Under water (2014), Techniques mixtes, impression Uv sur Dibon, 100 x 50 cm, châssis affleurant aluminium brossé 2.5 cm

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